Témoignages

Mon témoignage de burn-out

L’an dernier, le burn out s’est invité dans ma vie alors que rien ne le laissait présager : le mariage de nos rêves en juillet, un travail stimulant au sein d’une équipe sympa, des projets de vie de famille plein la tête… Au lieu de ça, la vie m’a proposé un tout autre chemin, dont aujourd’hui je suis reconnaissante. Car sans ces épreuves, ce projet n’aurait pas vu le jour. Un cadeau mal emballé, c’est un projet de résilience, qui vient libérer la parole sur un sujet difficile, intime et encore tabou. Et parce que c’est difficile, je me jette à l’eau la première, en espérant que cela vous fera moins peur ensuite. Voici mon témoignage de burn out.

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UNE DESCENTE AUX ENFERS INEXPLICABLE                                             

En septembre 2019, après un été idyllique (mariage et voyage de noces !), je reprends le chemin du boulot avec envie. Oui mais voilà, rien ne se passe comme prévu : le business est dans le rouge, le contexte est stressant (nouvelles personnes à former, d’autres en vacances, …) et je n’arrive pas à me remettre le pied à l’étrier. J’attaque la rentrée comme à contre-temps, souvent fatiguée, à fleur de peau, un peu larguée après ma parenthèse estivale. Je verse quelques larmes de soulagement quand arrive le vendredi soir, c’est inhabituel mais j’ai toujours été de nature anxieuse, je me dis que ça va passer. Fin septembre pourtant ça ne va pas mieux, je me réveille quasiment toutes les nuits, et immédiatement les pensées liées au travail m’assaille :

“Ai-je pensé à envoyer ce mail ?”, “Et ce dossier, est ce qu’il a avancé ?”, “Mince, il faut que je rappelle ce fournisseur demain !”

En octobre, les choses empirent insidieusement : je dors de moins en moins bien, me réveillant entre 2h et 3h du matin toutes les nuits, week-ends compris. Je suis fatiguée, je pleure sans raison. Mon instinct me dicte de cacher cet état de “faiblesse” au travail, où je fais bonne figure. Tellement bonne figure, qu’on me confie un très gros projet, en plus de mon boulot. Je veux croire que ça va me tirer vers le haut, j’accepte. Mais ce n’est pas le cas. J’ai de plus en plus de boulot, et je suis moins efficace que jamais : mes insomnies me pèsent la journée, j’oublie des choses, je fais des lapsus, je suis plus lente que d’habitude.

En novembre, je suis épuisée et inquiète : je me décide à faire des examens médicaux, qui ne révèlent rien. Je me décide alors à consulter une psychologue pour la première fois de ma vie. Je contacte quelqu’un qu’on m’a recommandé, qui n’a malheureusement pas de disponibilité. Au téléphone, je m’effondre en larmes  :

Vous ne comprenez pas, je vais vraiment très mal. Il faut m’aider !

Ce cri du cœur l’interpelle, elle m’oriente vers un psychiatre en qui elle a confiance. Je commence à voir le docteur V. toutes les semaines courant novembre, tout en continuant à donner le change au travail. Mais j’y parviens de moins en moins : je maigris à vue d’œil, j’ai le teint pâle et les yeux bouffis par les torrents de larme que je verse chaque matin sur le chemin du travail. A ce moment-là, je réalise que je n’ai pas vu mes amis depuis des semaines. Je n’ai plus faim, plus sommeil, plus envie de rien. J’ai peur.

anxiété burn out

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TOUCHER LE FOND

En novembre, je suis dans un état que je n’ai jamais connu. Mon corps me parle, mais je n’y comprends rien. Je suis si fatiguée, et pourtant chaque nuit, inlassablement, je suis debout à deux heures du matin, obligée d’écrire, de lire et de faire des puzzles jusqu’au petit matin pour tromper mon angoisse. Je refuse de prendre des médicaments, par méconnaissance et par peur. Je refuse l’arrêt de travail que me propose mon médecin :

Vous n’y pensez pas ! J’ai plein de boulot, on compte sur moi ! Et puis de toute façon, j’aurais tellement honte d’être arrêtée que je ne pourrais jamais revenir ensuite.

Le docteur V. respecte ma volonté, mais me convainc début décembre de commencer un traitement. Je rends les armes sur ce point, et pourtant les choses ne s’améliorent pas. Je prends de plus en plus d’anxiolytiques, en espérant pouvoir maîtriser le tremblement qui agite mes mains toute la journée. Sans succès, l’adrénaline coule à flot dans mes veines. Au travail, je croise des regards plein de sollicitudes mais j’évite autant que possible les contacts, je sais que je craquerai instantanément si on m’en parle. Je suis devenue l’ombre de moi-même.

Juste avant Noël, un instinct de survie me traverse : je n’en peux plus, mais je ne veux pas mourir. Il faut que je m’en sorte. Je lance un appel au secours au travail, et très rapidement mon médecin prend le relais et m’arrête un mois. Pour moi qui n’ai jamais raté un jour d’école ou de travail (fille de médecins oblige !), c’est le choc. Mais je n’ai plus le choix, j’accepte.

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UN REBOND…TROP RAPIDE ?

Le premier jour de mon arrêt maladie, l’angoisse m’étreint : qu’est ce que je vais faire ? Moi l’hyper-active, à la maison toute la journée ? Heureusement Noël approche, et cette idée me tranquillise : je ne serai pas la seule à ne rien faire. La journée passe, pleine de doutes. Le soir, je me couche et je dors 8h d’affilée comme si tout ça n’était jamais arrivé.

Après avoir passé des mois à pleurer de rage de ne pas dormir, je n’en reviens pas. Pourtant le miracle se reproduit toutes les nuits qui suivent : mes problèmes de sommeil ont enfin disparu. J’arrête les somnifères, les anxiolytiques, et je dors. C’est un miracle. Aussitôt je me dis : cool, c’est résolu ! Je me lance dans toute sorte d’activités pour m’occuper, bénévolat dans une association, aide à une copine qui monte sa boîte, je repars sur un rythme effréné sans même m’en rendre compte.

Fin janvier, mon arrêt est terminé et je retourne comme une fleur au travail : là, le couperet tombe. Il m’est physiquement impossible de m’asseoir à cette chaise, de lire mes 3500 mails en retard, et de reprendre comme si de rien n’était. Un instinct de survie me dicte de fuir, et vite. Le médecin du travail, qui me voit le jour de ma reprise, est formel : je n’ai rien à faire ici. Il va me falloir des mois pour surmonter ce que j’ai vécu, et ma place est à la maison, pour me reposer. Je repars donc en arrêt maladie, et j’y resterai jusqu’au mois de juin. Oui, 6 mois d’arrêt. Je n’aurais jamais cru que ce soit si long et difficile, et j’ai même failli commettre l’erreur de foncer à nouveau sans avoir rien appris de ce que j’avais vécu.

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REDEVENIR DOUCEMENT SOI APRES UN BURN OUT

Je comprends petit à petit que ce chemin de résilience sera long et incertain. Semé de petites victoires et de doutes. Mais qu’il mérite d’être vécu. Fin janvier, pour la première fois, quelqu’un me demande frontalement :

“En fait, tu as fait un burn out ?”

La question me heurte, elle me bouscule, moi qui confiais pudiquement jusqu’à présent avoir eu “des soucis de santé” aux quelques amis que j’avais recommencé à voir. Je bredouille :

non, enfin peut-être, je ne sais pas, je n’emploie pas encore ce mot là en tout cas.

Pourtant c’est dit, et contre toute attente, cet incident est libérateur. Je me documente sur le sujet, et je réalise que j’ai très probablement vécu un burn-out. Cependant, un détail me choque dans mes recherches : tous les articles de journaux que je lis parlent d’augmentation du nombre de cas en France, chiffres à la clé, et pourtant lorsque je cherche des témoignages, de vrais gens de la vraie vie qui diraient moi aussi ça m’est arrivé, je n’en trouve pas vraiment.  La petite graine du projet a germé en moi, je vous raconte tous les détails de cette autre histoire dans un autre article.

Aujourd’hui je ne suis plus en arrêt maladie, j’ai quitté mon entreprise et je profite de la chance qui m’est offerte d’avoir une sécurité financière pendant quelques temps pour prendre le temps de respirer, de me reposer, de vivre tout simplement. Le rétablissement est long, sinueux, mais si on prend la peine de se pencher pour ramasser les petits trésors en chemin, on réalise que celui de la résilience en est pavé.

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ET MAINTENANT ? TEMOIGNER ET RASSEMBLER

Cette histoire est mon vécu, je vous la livre avec sincérité, de tout mon cœur. Pour vous dire que vous n’êtes pas seul.e.s. Ca n’arrive pas qu’aux autres, ça peut aussi (et même surtout, on le verra dans un autre article) tomber sur des gens impliqués dans leur travail, qui ne comptent pas l’énergie déployée et dont le corps dit un jour “stop”. Le burn-out touche tous les métiers, toutes les tranches d’âges, tous les grades, du jeune diplômé au PDG. Je vous partagerai ici d’autres témoignages de burn-out très bientôt, et si vous voulez ajouter le votre à l’édifice, contactez moi avec grand plaisir ! Je crois au pouvoir des histoires pour aller mieux. Ensemble, libérons la parole.

le pouvoir des histoires

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17 thoughts on “Mon témoignage de burn-out”

  1. Franchement. Quel article ! Ton experience va grandement aider les nombreuses personnes vivant cette terrible épreuve.
    Le plus dur : l’accepter et le dire. Le burn out est encore très tabou et est souvent associé à tord à des signes de “faiblesse”. La honte est très souvent de la partie.
    Félicitation et surtout, continues !

    1. Merci Vincent. Aider ceux qui traversent cette épreuve, c’est mon objectif avec ce projet, j’espère y parvenir 🙂

  2. Ton témoignage est très touchant. Le choix des mots que tu utilises est très révélateur et ton talent d’écriture arrive je pense assez bien à nous faire ressentir la (les ?) douleur(s) et souffrance(s) par lesquelles tu es passée. Je crois tellement à la puissance du cerveau humain… C’est obligé, notre corps nous parle et il faut savoir l’écouter même s’il n’est jamais facile de passer outre toutes les forces contraires. Merci encore pour ce témoignage.

    1. Bonjour Nicolas, merci pour tes mots c’est très sympa ! Il paraît qu’on n’utilise que 10% de son cerveau, alors effectivement il y a encore beaucoup à explorer, notamment sur la voie de la guérison.

  3. C’est en effet un beau témoignage qui rassure et réconforte.
    C’est dingue ce qu’on peut être têtu et aveugle quand on ne va pas bien. On le sent mais on ne veut pas le voir ou y croire.
    Bonne continuation sur ton chemin.

    1. Bonjour Lucie, merci pour ton commentaire. Je suis une grande têtue de nature, donc vraiment d’accord avec toi ! Et puis un jour c’est le corps qui parle quand le cerveau refuse d’entendre… Bonne soirée

  4. Bravo pour le courage de ce témoignage et pour ce beau projet. J’aime beaucoup la notion de “faire de cette épreuve une chance” dans ton slogan. Ça correspond parfaitement à ma philosophie.

    1. Bonjour Alex, merci pour ton commentaire. Effectivement on n’a qu’une vie mais elle en contient mille, pour peu qu’on veuille bien oser la transformer !

  5. Bravo Laura (de la part d’une autre Laura qui sort également d’un burn-out magistral…)
    Un bel article, très concret, de ce qu’est cette épreuve… dont on sort heureusement tellement plus forte!
    Ce blog est la preuve que tu remontes la pente avec succès!
    Bonne continuation 🙂

  6. Quand la tête n’en fait qu’à sa tête nous avons la chance que le corps prenne le relais pour nous éveiller (alerter) que “non, ça ne va pas !”.
    A travers ton témoignage je retrouve une part de ma nage à contre-courant. Il y a 2 ans je me suis poussée hors limites. C’est effectivement une vraie chance de pouvoir réaligner son projet sur ce qui fait vraiment Sens ! Bravo !

    1. Bonjour Sylvie, merci pour ton commentaire ! J’aime beaucoup l’image de la nage à contre courant, effectivement c’est vraiment ça : on s’épuise à essayer de lutter contre la vague. J’espère que tu vas mieux aujourd’hui.

  7. Je suis bouleversée par ton témoignage si authentique. Il résonne en moi pour bien des raisons…… Et je comprend ce que tu as vécu meme si moi mon corps m’a dit stop il y a quelques années pour d’autres raisons…. Que le travail… Quoique… J’espère que cette voie que tu prends va t’aider à te trouver…. Pleinement… En tout cas cette expérience que tu partages feras du bien à ceux qui vivent la même chose et taisent leur souffrance… Tu es pleine de courage et ça ça te ressemble…. Continue… Quelle que soit ta voix…. Qu ‘ elle se fasse entendre….

    1. Merci pour tes mots. On croit souvent que c’est la tête qui décide tout, mais le corps est un outil puissant qui sait toujours ce qui est bon pour nous ou pas. Encore faut il savoir l’écouter 🙂 Je t’embrasse

  8. Bonjour Laura,
    C’est malheureusement un témoignage qui me parle fortement. Pas totalement cependant puisque chaque cas est différent, mais il y a des points communs.
    -Un sens du devoir et de l’abnégation envers son bourreau (enployeur/responsable/equipe)
    -Une volonté farouche de se nier l’évidence
    -Avancer coute que coute vers le mur
    -Un management “moderne” qui nie les réalités

    Jusqu’à l’épuisement. De mon coté ce fut un changement de direction. J’étais responsable de service. Le nouveau venu m’a même nommé directeur, mais c’était pour me mettre finalement sous sa coupe dans un placard doré. J’avais souvent mal au dos (et oui, quand on en a plein le dos souvent….), je ne dormais quasiment plus tout comme toi. Jusqu’au jour où une collègue m’a conseillé d’aller voir la médecine du travail. Son diagnostique a été immédiat. Inaptitude au travail (la société était bien connu d’eux pour harcèlement dans d’autres services d’ailleurs). Après 3 mois, j’ai négocié une rupture conventionnelle car je ne me revoyais pas revenir dans cette société où pourtant j’avais passé 10 ans avec des évaluations positives tous les ans…. J’ai pris un peu de temps pour réfléchir et finalement me mettre aux services des autres en apportant mon expertise.

    Bon courage pour la suite, c’est une belle porte de sortie que tu prends car elle te permettra l’épanouissement.

    1. Merci pour ton témoignage, tu as raison chaque histoire est différente et c’est mon défi avec ce projet : proposer ce qui va aider le plus universellement, en partant d’expériences ô combien personnelles et uniques. Je pense que les mécanismes à l’oeuvre sont néanmoins souvent les mêmes, comme tu les décris.
      Je te souhaite un beau succès dans ton projet !

  9. Merci Laura pour ce témoignage très fort. Le burn out est effectivement très présent dans les entreprises et il est primordial de pouvoir en parler pour le prévenir et voir les signaux faibles. Bravo pour cette prise de parole et pour le chemin parcouru et je te souhaite le meilleur.

  10. Quel témoignage!!! qui raisonne au fond de moi comme un « vécu » (dans les prémices en tous cas… ) heureusement pris à temps mais qui aurait certainement fini par 6 mois d’arrêt si je n’avais pas vu le bon médecin à ce moment clé d’un certain mois de septembre également ou tout s’était emballé trop vite pour que je parvienne à tout tenir !

    Et Bravo pour ce nouveau projet qui donnera beaucoup de sens à ton travail !!!

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