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Légitimité : peut-on parler d’un sujet dont on n’est pas expert ?

La légitimité quand on n’est pas expert, c’est toute une histoire. Qui-suis je pour parler de ce sujet ? Est ce que je ne suis pas un imposteur ? Quel risque est ce que je prends à parler d’un sujet que je ne maîtrise pas à 100% ?

légitimité sans être expert
Photo by Antenna on Unsplash

En 2019, la vie m’a fait un cadeau mal emballé : un burn-out. De cette expérience, j’ai beaucoup appris au cours de l’année qui vient de s’écouler. Dans ma chair avant tout, puisque j’ai expérimenté la réalité du burn-out : les symptômes qui empêchent de continuer, les traitements, les accompagnements, médicaux ou non, les réactions des autres… Lorsque j’ai décidé de créer un projet autour du burn-out, mon vécu a été à la fois ma première source d’inspiration et ma garantie d’être juste et authentique dans ma démarche. 

Ensuite, j’ai commencé à m’informer, à lire sur le sujet, à assister à des conférences, à rencontrer des gens, pour nourrir mes connaissances. Néanmoins, je suis aujourd’hui loin d’être une experte : je ne suis ni médecin ni psychologue, je n’ai pas des années d’étude du burn-out derrière moi. Alors j’en suis venue à me questionner : quelle est ma légitimité à prendre la parole sur le burn-out sans être experte ? Que sais-je réellement du sujet ? Ai-je le droit d’en parler, d’informer, voire d’animer des conférences et des ateliers, et si oui à quel titre ? Mon intention est louable, mais mon résultat est-il bénéfique pour autant ? 

Je vous partage aujourd’hui le fruit de cette réflexion sur la légitimité car c’est une question qu’on est nombreux à se poser je pense : peut-on entreprendre dans un domaine où l’on n’est pas un expert ? 

L’expertise, pour qui, pour quoi ? 

Ne pas dire n’importe quoi 

L’expertise sert avant tout à ne pas dire n’importe quoi sur un sujet. Que ce soit dans la vie réelle, avec nos proches, ou en ligne avec la portée des réseaux sociaux, on a tous le pouvoir de faire entendre aux autres nos informations, nos convictions et nos recommandations. Il arrive malheureusement parfois que ces éléments soient tout simplement faux, ce qui pourrait nuire à notre entourage. 

L’essor des “fake news” en est une illustration : d’après une étude Viavoice pour Syntec Conseil en relations “publics” de 2018, 26% des personnes interrogées reconnaissaient avoir déjà relayé de fausses informations, avant de découvrir par la suite qu’elles étaient inexactes. 

Quand on connaît mal son sujet, on prend le risque de communiquer de mauvaises informations ou de mauvais conseils, parfois même en toute bonne foi. En pensant bien faire. Et lorsque, comme c’est mon cas, on décide de prendre la parole sur un sujet sensible comme le burn-out, ce risque ne saurait être ignoré. Car derrière l’écran, il y a des personnes en souffrance qui recherchent ce qui les aidera à traverser le burn-out. Et je ne peux pas courir le risque de les induire en erreur. 

Se débarrasser du syndrome de l’imposteur 

Nous sommes nombreux à avoir déjà fait l’expérience de ce sentiment de ne pas être à la hauteur, de tromper notre entourage concernant nos capacités réelles. Cela s’appelle le syndrome de l’imposteur. Il a été mis en lumière à la fin des années 70 par deux psychologues, et se traduit par une peur d’être “démasqué” dans une posture d’incompétence, et l’attribution de nos succès à des causes externes : 

“ J’ai surtout eu de la chance” 

“ Les gens sont juste sympas avec moi”

Ces phrases et cette façon de raisonner vous sont peut-être familières ? Pour ma part, c’est ce que j’ai pu ressentir lorsque j’ai reçu les premiers messages me remerciant de les avoir aidé à comprendre ou à vivre le burn-out. Un mélange de joie et d’incrédulité : moi j’ai fait ça ? Devenir experte m’est alors apparu comme une façon de tordre le cou à ce manque de légitimité que je ressentais. Jusqu’à ce que je pousse la réflexion un cran plus loin…

Etre expert n’est pas un état figé : ça se construit 

Un pré-requis : l’envie 

Une chose qu’on oublie trop souvent : tous les experts ont un jour été des débutants. Leur point de départ ? Une passion, ou du moins une forte envie de s’impliquer, de partager et d’échanger autour d’un sujet. Quand on a cette petite flamme dans le ventre qui s’allume pour un sujet, c’est presque magique : on retient facilement les choses, on apprend plus vite, on en a rarement marre… L’envie d’apprendre est un formidable moteur pour constituer les premières briques d’une expertise !

J’ai également pris conscience de la puissance du partage d’expérience. La page la plus visitée de mon site reste encore aujourd’hui la toute première : celle où j’ai raconté mon histoire de burn-out. Dans cet article, écrit d’une traite comme une respiration retenue, j’ai partagé mon vécu. Sans chercher à expliquer ou à donner des conseils. Simplement pour partager avec toute mon authenticité ce que j’avais traversé. Avec ce partage, qui ne fait pas de moi une experte, je me suis autorisée, légitimée à m’exprimer sur le sujet, convaincue que ma prise de parole serait juste tant qu’elle viendrait de mon histoire. 

C’est en forgeant qu’on devient forgeron 

Quand on s’intéresse à un sujet, on lit, on échange, on s’informe,.. C’est alors qu’on se met à apprendre, de ses recherches et des autres, et ainsi on devient peu à peu expert. Car l’expertise ne se décrète pas, elle n’est pas figée, elle ne dure pas non plus si on cesse de l’entretenir. C’est un état “vivant”, dans un monde en perpétuel changement. Alors, pour maintenir son niveau de connaissance, il faut sans cesse apprendre, s’intéresser aux nouveautés, rencontrer les nouvelles personnes qui s’emparent du sujet. C’est ce que je fais aujourd’hui autour du burn-out, avec beaucoup de plaisir et d’envie. Je n’ambitionne pas de devenir une experte absolue du sujet, mais j’ai décidé de continuer à en parler, et je vous explique pourquoi.  

légimité quand on n'est pas un expert

Pourquoi j’ai décidé de prendre la parole sans être experte ? 

On est tous l’expert d’un autre 

Au cours des derniers mois, et grâce à mes échanges avec la communauté qui est en train de se rassembler autour de mon projet, j’ai intériorisé une nouvelle croyance : ce n’est pas parce que je ne suis pas une experte que les gens ne peuvent pas apprendre quelque chose de moi. 

Je continue donc mon partage, avec le plus d’honnêteté possible : je ne suis pas médecin, psychologue ou sociologue, et je ne vais a priori pas le devenir. C’est pour cette raison notamment que je ne partage pas ni mon avis ni même mon vécu sur le traitement médicamenteux du burn-out par exemple. Car chaque personne est différente, et que ces sujets sont trop importants pour être traités par quelqu’un dont ce n’est pas le métier. Pour ces sujets, je préfère interviewer des experts sur mon podcast, comme récemment le docteur Dreyfus.

En revanche, je m’exprime librement sur beaucoup d’autres aspects du burn-out, je partage ce qui m’a aidé à titre personnel, et cela me fait réaliser chaque jour combien l’expertise est une donnée variable : on est tous, à un moment donné, l’expert de quelqu’un d’autre. 

Changer de posture 

Mon questionnement sur le sujet de la légitimité est né très tôt dans mon projet. Je n’avais pas cette casquette d’experte, et je me demandais si je pouvais quand même prendre la parole. Ma solution ? J’ai changé de casquette, tout simplement !

Aujourd’hui, quand je parle du burn-out, je le fais en tenant par la main la Laura d’il y a un an qui a traversé cette épreuve, et en assumant que je chemine encore moi-même . Je fais de chaque rencontre, de chaque interview sur mon podcast une occasion d’apprendre des autres. Mon objectif avec ce projet, c’est d’aider les autres à comprendre et surmonter le burn-out, et j’apporte cette aide en tant que pair. 

Et lorsque mon saboteur intérieur refait surface en brandissant le syndrome de l’imposteur, j’essaye simplement de l’accueillir à ma table, sans pour autant que cela n’entrave mon projet et mon partage. 

Dépasser sa peur : le plaisir comme driver 

Cette réflexion m’amène à conclure que derrière le manque de légitimité, il y a surtout de la peur. La peur de mal faire, de se tromper, de ne pas aider des personnes qui en ont pourtant tellement besoin. La peur ne disparaît pas quand on en prend conscience, mais j’essaye néanmoins de la passer au second plan pour utiliser une autre boussole au quotidien : le plaisir. 

Car du plaisir, il y en a énormément lorsqu’on travaille sur un sujet qui nous passionne, et que cela aide les autres ! J’utilise donc le plaisir, la joie et l’énergie que génère en moi ce projet et nos interactions comme un indicateur que je prends la bonne direction, même si je ne connais pas encore la destination finale. 

J’espère que cet article vous aura intéressé, je serais ravie que vous me partagiez votre vision sur la question de la légitimité. 

Si ce contenu vous plaît, partagez-le !

8 thoughts on “Légitimité : peut-on parler d’un sujet dont on n’est pas expert ?”

  1. Je suis tout fait d’accord avec toi, on est tous l’expert d’un autre et nous même prenons les conseils d’autres encore plus experts que nous .

  2. Bonjour Laura,

    J’ai dévoré ton article d’une traite, même si je trouve la police un peu petite pour mes yeux vieillissants : c’est dire s’il est intéressant !
    Le syndrome de l’imposteur ça me parle beaucoup. Je suis d’accord avec toi, et avec Marie, on est tous l’expert de quelqu’un d’autre !
    Ton article lma attiré car je pense avoir fait un début de burn-out, c’était il y bien des années, à la fin du siècle dernier. A une époque où l’épuisement professionnel était considéré comme une faiblesse. Si tu ne t’en sortais pas c’est que tu étais mal organisée, que tu ne savais pas choisir tes priorités, que tu ne savais pas manager, … Bref, on était pas aidés. Pire, on était culpabilisés.
    Les choses ont changé. Ce qui est inquiétant, c’est le nombre de personnes qui font un burn-out, j’ai l’impression beaucoup plus qu’avant.

    1. Hello Agnès, merci beaucoup pour ta remarque sur la taille du texte, je vais en tenir compte pour mes prochains articles ! Et merci pour tes confidences, j’imagine combien ça a du être difficile de vivre une telle épreuve à une époque où c’était si tabou. J’espère que tu vas pour le mieux aujourd’hui !

  3. On commence tous à quelque part et être honnête sur notre progression est bien plus important que l’état ou l’on est puisque l’état est temporaire. Nous sommes tous en mouvement est tout est relatif. Vraiment un bel article merci.

    1. Hello Isabelle, merci pour ton message. Tu as raison, nous sommes sans cesse en mouvement, et je trouve ça plutôt réjouissant !

  4. Merci Laura pour ce super article qui résonne parfaitement. Nous sommes tous des experts de quelque-chose et notre légitimité se construit d’abord par notre expérience vécu … mais nous sommes tous également des apprenants en quête d’expérience à vivre … ton propos est très juste et je crois que tout réside dans notre humilité intellectuelle et honnêteté à partager notre vécu.

    1. Bonjour Eric, merci pour ton commentaire. J’aime beaucoup les valeurs d’honnêteté et d’humilité dont tu parles, j’essaye de me laisser guider par elles 🙂

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