Rebondir après un burn-out

Burn-out : le piège de la honte

Le burn-out a été un ouragan dans ma vie : j’ai cessé de dormir, puis de manger, puis de raisonner. Toutes ces choses à elles seules étaient dangereuses, mais je crois que ce qui m’a le plus coûté ce n’est pas de les vivre, c’est d’oser les exprimer aux autres. C’est une histoire terrifiante, mais qui doit être racontée. Il y a un an, j’ai failli mourir à cause de la honte. 

La honte du burn-out : l’épreuve dans l’épreuve

Comme beaucoup de personnes touchées par le burn-out, je suis une perfectionniste. Je veux toujours bien faire et je me rassure en pensant que j’ai beaucoup de contrôle sur ce qui m’arrive. Avec ce profil, plutôt commun au demeurant, vous comprendrez aisément pourquoi cette épreuve a été dévastatrice. J’allais si mal que j’avais envie de le crier à la face du monde, mais je me sentais en même temps complètement enfermée dans mon personnage. Tellement obligée de faire ce que les autres attendaient de moi, que pas un son n’est sorti pendant des mois. 

J’étais habitée par une peur viscérale de décevoir et un profond sentiment de honte vis à vis de ce qui m’arrivait, de ce corps qui m’échappait. Je continuais à aller au travail le matin après avoir passé les quarante minutes de trajet à sangloter. A faire semblant de comprendre ce qu’on me demandait alors que mes fonctions cognitives étaient altérées par l’absence de sommeil. A répéter à mon médecin qui me parlait d’arrêt de travail que s’il m’arrêtait je ne pourrais jamais y retourner à cause de la honte.  Je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal pour en arriver là, et la peur d’être jugée m’a poussée dans mes derniers retranchements. Jusqu’à me demander un jour : 

“Qu’est ce qui décevrait le moins mon entourage : que j’avoue que je n’y arrive plus, ou que je disparaisse un jour sans explication ? “

Je mesure combien ces mots sont sidérants. Moi même j’ai du mal aujourd’hui à comprendre comment j’ai pu en arriver à cet état de détresse. Mais voilà à l’oeuvre le pouvoir de la honte : la honte peut tuer, en France, en 2020. 

Mon instinct de survie a finalement pris le dessus, et j’ai accepté de rendre les armes juste avant Noël. Après 8 ans de carrière sans un jour d’absence, me voilà en arrêt maladie pour une longue durée, pétrifiée par une honte pour laquelle j’éprouve aujourd’hui beaucoup d’indulgence et que j’ai pris le temps d’analyser. 

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Pourquoi a t’on honte ? 

La honte est un réflexe primaire du cerveau, connecté à la peur de la mort. La honte renvoie à la peur du rejet des autres, de la mort sociale, qui pouvait être synonyme de mort physique à la préhistoire. En effet, être exclu de la tribu parce que notre comportement n’a pas été jugé acceptable, c’était mourir à coup sûr.  

Je ressens de la honte quand j’estime que quelque chose chez moi sera innacceptable pour les autres. Ce qui en soi reste une supposition, une projection que je fais de ce que pensent les autres. Derrière la honte il y a donc toujours la peur, celle de ne pas être aimé pour qui l’on est, et cette peur nous oblige à porter masques et costumes pour se conformer à ce qu’on pense que les autres attendent de nous. 

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Le cercle vicieux de la honte

Malheureusement, quand on a honte, on entre sans en avoir conscience dans un cercle vicieux. J’ai honte de ce que je ressens, de ce que je pense, ou de ce que je fais, alors je ne me montre pas telle que je suis vraiment. Mais du coup, tout l’amour que j’obtiens de mes proches ne parvient pas à me rassurer, puisqu’une petite voix me répète : “si ils savaient…”

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Photo by Caleb Wood on Unsplash

En cachant ce que je vivais, j’avais le sentiment que mon entourage aimait seulement la version de moi que je leur présentais. Et non pas le moi profond qui souffrait, et cela me tourmentait constamment. Aujourd’hui je réalise combien avoir honte de vivre un burn-out, c’est ajouter de l’épreuve à l’épreuve. Non seulement j’ai vécu une épreuve très difficile, mais en plus je me suis jugée nulle, pas digne d’être aimée, et j’ai du faire des efforts surhumains pour cacher mon mal-être. 

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Comment en finir avec la honte ? 

Le pouvoir de la lumière

Quand on a vécu un burn-out, on finit toujours par se demander s’il vaut mieux le dire ou le cacher. C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre tout de suite. Pour envisager d’admettre quelque chose auprès des autres, il faut d’abord avoir pris conscience de ce que l’on a vécu, et cela prend souvent du temps

Parler aux autres des choses dont on a honte, comme un burn-out, ça fait peur, c’est inconfortable, ça ressemble à un problème. Mais ce problème contient en fait sa propre solution car la honte est une émotion profondément sociale. Pour avoir honte, il faut le regard de l’autre (ou du moins celui que l’on projette) et pour s’en libérer… il faut aussi le regard de l’autre. 

En effet, et j’en ai fait l’expérience, la honte se dissout à la lumière. Quand on éclaire ce dont on a honte, qu’on ose montrer sa vulnérabilité en racontant son histoire, en la confrontant au regard des autres, alors la honte devient courage, et on en est souvent immédiatement guéri. Lorsque j’ai partagé mon témoignage sur le burn-out, j’ai reçu beaucoup de messages de remerciement, d’encouragement, de félicitations. En fait, ce que j’ai compris de ces messages, c’est :

“maintenant je sais et je t’aime toujours.”

Et chacun d’entre eux a eu sur moi un incroyable pouvoir de guérison

Une libération pour soi 

Etre authentique, oser se montrer tel que l’on est demande du courage. Mais en choisissant ce chemin je crois qu’on se fait le plus beau des cadeaux : on se pardonne les choses qui nous ont fait honte en acceptant de les révéler, et on s’offre enfin la chance d’être aimé pour qui on est vraiment

Dire ce que j’ai traversé en 2019, c’est aussi une façon de reprendre la main sur mon histoire. Tout le monde se doutait de quelque chose, mais cette fois c’est moi qui raconte mon burn-out et la honte que j’en ai ressenti. Sous le jour que je veux, dans les limites que je veux. C’est un choix personnel et réfléchi : j’ai choisi de partager mon histoire aussi largement que possible. Certains pensent que c’est complètement fou, d’autres que c’est ultra courageux. Moi je dois avouer que je trouve ça tout simplement libérateur. Désormais, mon costume de “Wonderwoman qui réussit tout” peut rester au placard et je suis juste moi, Laura, aussi imparfaitement parfaite que tous les autres. 

…Et un grand soulagement pour les autres 

La honte, comme je le disais, naît de ce qu’on projette du regard des autres sur nous. Commençons par clarifier les choses : en fait, les autres s’en foutent ! Que vous soyez cadre supérieur qui cartonne ou au en fin de droits de chômage sans savoir ce que vous voulez faire de votre vie, votre entourage vous aime de la même façon ! Pour votre valeur intrinsèque d’humain, indépendamment de la façon dont vous occupez vos journées. Ceux pour qui vous comptez veulent juste que vous soyez heureux. Et accessoirement ils sont probablement trop occupés à mener leurs propres combats et à s’occuper de leur propres hontes pour se préoccuper des vôtres 🙂  

Par ailleurs, se montrer vulnérable est un formidable moyen de libérer la parole. On dit aux autres “c’est ok de vivre ces choses là, c’est ok d’en parler” et loin de perdre le lien, on renforce au contraire notre connexion aux autres. Se montrer vulnérable c’est en fait enlever sa cape d’invisibilité et dire : je suis moi et c’est comme ça. Et c’est autoriser les autres à en faire autant, …dans un grand soupir de soulagement. Alors seulement on peut partager nos vécus, nos blessures, nos rêves, et commencer à tisser une grande toile qui empêche la honte de continuer à nous détruire. 

Pour la petite anecdote, j’ai finalement osé remettre les pieds au bureau après mon arrêt maladie. Le regard de mes collègues, loin de me crucifier de honte comme je l’avais imaginé, m’a mis du baume au coeur. Je les ai retrouvés plus prévenants et présents que jamais, et nous avons partagé en quelques heures plus de confidences et d’instants authentiques qu’en un an dans la même équipe. 

J’y crois profondément : être vulnérable, ce n’est pas être faible. C’est au contraire avoir du courage, celui de défricher un nouveau chemin…sur lequel on est souvent bien vite rejoint. Depuis que j’ai transformé ma honte du burn-out en courage, j’ai eu plus de conversations profondes et authentiques avec mes proches et moins proches que je n’en avais eu en 32 ans d’existence. Et j’ai pour la première fois depuis longtemps eu le sentiment d’avoir un impact résolution positif auprès des autres. Voilà ce qui m’anime aujourd’hui pour faire vivre ce projet ! 

Si les sujets de la honte, du courage et de la vulnérabilité vous intéressent, en lien ou non avec le burn-out, je vous recommande sincèrement de regarder ce documentaire de Brené Brown.

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12 thoughts on “Burn-out : le piège de la honte”

  1. Merci pour cet article plein de sincérité et qui aidera j’espère plein de monde à dépasser la honte.
    Bises
    Carole

  2. Merci pour cet article !
    Je pense en effet que la honte est omniprésente dans le burn out : avant, elle nous empêche de nous arrêter ; pendant elle nous empêche d’oser dire “je ne vais pas bien, j’ai besoin d’aide” ; après je retrouve encore beaucoup de personnes que j’accompagne qui ne veulent pas “que cela se sache”. C’est pourquoi témoigner à visage découvert, donne la permission aux autres de tomber les masques eux-aussi. Une fois une collègue m’a dit :” C’est marrant, parfois on a l’impression que certaines personnes sont fières d’avoir fait un burn out et de s’en être relevé”. Oui, la fierté lave la honte, c’est pour cela que l’on a créé la Gay Pride.

    1. Merci Astrid ! Je pense beaucoup à une histoire que tu as racontée, dans laquelle quelqu’un t’a dit qu’on pouvait difficilement faire confiance à quelqu’un qui s’est “mis dans cet état”, et tu parlais de l’onde de honte qui t’a traversée. Je comprends totalement ce sentiment, comme quoi la honte n’est jamais bien loin même quand on parle de burn-out à visage découvert. Mais en prenant de plus en plus de recul, comme tu l’as fait, j’ai bon espoir qu’on arrive à la tenir à distance pour de bon 🙂

  3. Bonjour,
    Oh que je vous comprends… j’ai malheureusement été victime du syndrome du burnout abruptement au moins de juin 2019. Sur la route du travail, crise de larmes crise d’angoisse et impossible de m’y rendre. J’ai été diagnostiquée le lendemain et depuis je suis en arrêt de travail. J’ai tenu trop longtemps (10 ans en fait…). Bien trop long à supporter pour un corps et un esprit. Je suis incapable de retourner au travail et me remettre sur les rails pour changer d’orientation professionnelle… Après un an et quelque ça commence tout juste à aller mieux mais j’ai traversé le même histoire que la vôtre et vous envoie toute ma sympathie et ma compréhension. Mille merci d’avoir rédigé cette article qui m’à particulièrement touchée.

    1. Bonjour Diane, merci pour votre message. Je comprends bien tout ce que vous dites, c’est si long de s’en remettre. En tous les cas, vous avez raison de vous fier à vos sensations : si vous ne vous sentez pas d’y retourner, c’est que ce n’est pas encore le moment. La vie est longue, et elle nous réserve bien des surprises j’en suis sure. Bon courage !

  4. Merci pour cet article qui ose exprimer le sentiment que l’on cache : le sentiment de honte. J’ai fait un burn-out professionnel en 2019. Je ne l’ai jamais dit à ma famille car je ne voulais pas apparaître faible. Seul mon mari et mes enfants sont au courant. Par contre, j’ai changé ma vie, mon travail, cela m’a amené à me remettre en question 😊

    1. Je suis heureuse pour vous que vous ayez eu de super proches pour vous soutenir. Pendant longtemps, seul mon mari était au courant, et puis finalement le dire aux autres après coup m’a libérée. Mais c’est un chemin propre à chacun 🙂 Bravo pour votre changement de vie !

  5. Oh la la…juste dans le mille. Cet article m’aide à comprendre une amie qui fait un burn out. La composante “honte” m’avait échappé. Merci …

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire, cela me touche beaucoup que vous me lisiez en tant que proche de quelqu’un qui a vécu le burn-out : j’ai créé ce site aussi pour vous, nos proches, qui êtes embarqués malgré vous dans la tempête burn-out. Merci pour votre soutien !

  6. Article partagé par Noyaudujardin sur FB:
    Je l’ai lu avec intérêt et voici ma réaction:
    Bin moi à force de « courage » d’y retourner encore et encore, j’ai fini par « fuir courageusement » pour ne plus être un poids pour mes collègues parce que je n’y arrivais plus et que je n’étais plus fiable. Alors? Courageuse ? Ou vulnérable ? 🤔

    1. Je vous comprends, il est parfois plus simple de quitter un environnement qui nous a fait du mal pour recommencer sur de meilleures bases ailleurs. Et c’est très courageux d’avoir osé le faire ! Bonne chance pour la suite

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